Les instances de la filière équine ont signé en 2016 La Charte du bien être équin qui se compose de 8 mesures générales en faveur d’une amélioration optimale du bien être des chevaux que nous hébergeons.

Mesure 5 : Respecter le caractère grégaire des chevaux en favorisant les contacts sociaux positifs entre eux afin de limiter les troubles comportementaux.

Le respect du caractère grégaire du cheval doit faire tendre vers un hébergement collectif de chevaux mais ça ne doit pas être fait n’importe comment ni au prix de la sécurité des chevaux. Comme le dit la charte, on cherche à favoriser des contacts sociaux positifs et à limiter les troubles comportementaux. Après avoir fait le point sur la façon dont s’exprime la grégarité du cheval à l’état naturel, nous décrirons les troubles comportementaux et les risques encourus par les chevaux contraints à un trop grand isolement social. Nous décrirons ensuite comment promouvoir des contacts sociaux positifs. Enfin nous présenterons les solutions techniques qui préservent la grégarité dans de bonnes conditions pour les chevaux hébergé en groupe et individuellement.

La grégarité chez le cheval : structure sociale et enjeux.

Le cheval vit naturellement en groupe. La structure sociale de l’espèce s’articule autour de groupes familiaux composés d’un étalon (plus rarement deux) de son harem composé généralement de 1 à 5 juments et de leurs descendants âgés de 0 à environ 3 ans. Toutes les juments vivent dans des groupes familiaux de ce type. Les mâles qui n’ont pas de harem vivent en petits groupes de 2 à 5 individus dont la composition est plus ou moins stable dans le temps. Les étalons célibataires contestent régulièrement le harem des étalons familiaux. L’étalon chef de famille est donc amené à changer alors que l’effectif des juments d’un groupe familial est très stable. A l’âge de 2 à 3 ans, les jeunes quittent de leur groupe natal pour rejoindre un autre groupe familial pour les femelles et un groupe de célibataires pour les mâles. On dit qu’ils dispersent. Les jeunes étalons s’entrainement alors au combat sont forme de rituels et de parade plus ou moins musclés. Ils ne récupèreront pas de harem au mieux avant l’âge de 5 à 6 ans.

Au sein des groupes, la cohésion est régie par des relations d’affinités et de dominance entre individus qui sont beaucoup plus complexes et subtiles que la simple hiérarchie que l’on décrit parfois. Les éthologistes ont entre autres montré que les idées de la veille matriarche guidant le groupe et de l’étalon systématiquement dominant tiennent bien plus du mythe et de l’imagination que de la réalité du terrain.

L’enjeu social est capital pour le cheval. Le groupe est notamment un facteur de sécurité important. En effet, étant une proie, il lui est impossible de se laisser aller à dormir ou se reposer sans qu’un congénère demeure vigilant. On remarque d’ailleurs lors de tests de tempérament chez les chevaux que les tests d’isolement sont ceux qui provoquent les réactions les plus violentes et le plus grand stress.

Les principaux troubles que génère l’isolement social sont connus : ce sont les stéréotypies et une agressivité accrue envers les congénères et envers l’homme. On sait aujourd’hui également que l’isolement social en particulier chez le jeune réduit inévitablement les compétences sociales de l’individu. C’est-à-dire que les chevaux sont moins subtils dans leur langage corporel et leurs attitudes. Cela pose également problème dans la relation à l’homme car un cheval ainsi « désocialisé » est aussi un cheval qui ne « prévient » pas (en baissant les oreilles ou en fouaillant de la queue par exemple) avant une réaction violente comme une morsure ou une ruade. L’expression de la grégarité des chevaux constitue donc un enjeu majeur de sécurité dans les établissements équestres.

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Comment générer des contacts sociaux positifs ?

Chevaux hébergés en groupe

Accès aux ressources : pas de compétition = pas de conflit.

Si le groupe est facteur de sécurité, la vie n’est pas non plus toute rose dans le monde des chevaux et le groupe est aussi facteur de compétition entre individus pour accéder aux ressources. Les relations de dominance entre individus régulent ces questions. Cela ne pose pas de souci dans un espace ouvert avec un accès aux ressources identique pour tous les individus devient problématique dans un contexte domestique où l’espace ne comprend pas forcément d’échappatoire et ou certaines ressources moins abondantes. En dehors de l’importance des contacts sociaux, on sait que c’est l’alimentation qui requiert la majeure partie du temps du cheval (15 à 16h quotidiennes). Il est donc important de réussir à occuper au maximum les chevaux que l’on héberge sur cette activité. L’emploi de systèmes de fractionnement de distribution ou de techniques de slowfeeding ainsi que l’emploi du fourrage comme base d’alimentation ont déjà été largement évoqués dans les articles précédents. L’importance à ce stade est de ménager suffisamment d’accès à ces dispositifs pour que la nourriture ne soit pas perçue par les chevaux comme une ressource rare ou limitée. Ainsi, elle ne devient plus l’objet de stress et d’expression intense des relations de dominance.

Les données suivantes sont des bases pour la programmation de dispositifs d’alimentation pour des chevaux hébergés en groupe :

  • Distribution collective du fourrage : minimum 1.5 passages d’encolure par cheval dans les râteliers et abris de distribution. Cette donnée est vraiment à considérer comme un minimum. Plus le groupe dispose d’accès au fourrage, plus l’ambiance est calme.
  • Distribution individuelle du fourrage : 1 Place de distributeur individuel pour 4 chevaux. Cette valeur est issue de l’expérience et de l’observation dans les écuries actives.
  • Distribution individuelle des concentrés : 1 Distributeur automatique de concentrés (DAC) pour environ 20 chevaux. Cette donnée peut varier en fonction de la consommation des chevaux. Dans des groupes consommant de petites quantités de concentrés, on pourra aller jusqu’à environ 25 chevaux sur un DAC. Lorsque l’effectif de chevaux alimentés par cet automate est trop important, on observe que des files d’attente peuvent se former à l’entrée. C’est un reproche qui a pu être fait à ce type d’équipement. La problématique ne provient pas de l’outil qui est très bien conçu mais de l’utilisation qui doit en être faite. Il convient juste d’observer ses chevaux et de ne pas dépasser l’effectif de chevaux préconisé.

Aménager l’espace

Dans un hébergement collectif, certains espaces sont nécessairement plus étroits et plus exigus. Il est important de préserver des espaces et des échappatoires pour que les individus subordonnés puissent éviter les dominants dans le calme et que personne ne puisse de faire coincer où que ce soit. On aménage donc les écuries actives avec des dégagements et des couloirs de 10 m de large. Lorsque c’est difficile, on réduit à 8 m et on essaye de ne pas aller même ponctuellement lors de passages étroits à moins de 6 m de large. De même autour des râteliers et des Dac, on ménage des dégagements de 8 à 10 m.

L’aménagement des clôtures est important pour garantir la sécurité des chevaux en groupe. C’est pourquoi, on évite absolument les angles aigus et on tronque les angles. De cette façon, on évite qu’un individu ne vienne à se faire les coincer dans un recoin. On utilisera de préférence des clôtures physiques comme des clôtures bois dans les espaces plus exigus alors que des clôture permanentes seront tout à fait indiquées pour les espaces de pâturage plus ouverts.

Pour les abris, on prête particulièrement attention au fait qu’ils ne constituent pas des culs de sac. On opte pour des abris à façade ouverte comme les abris de prairie ou pour des bâtiments plus grand mais pourvus d’au moins deux issues de façon à manager des échappatoires. On les agence alors de façon à éviter des courants d’air. Lorsque les abris sont spacieux, on peut avantageusement les aménager à l’aide de paravents. Les chevaux s’isolant un peu plus derrière se calment et se couchent plus volontiers comme l’a montré une étude réalisée dans l’écurie active Haras National d’Avenches (Suisse).

Chevaux hébergés individuellement

Les chevaux hébergés individuellement souffrent de la privation sociale. Lorsque c’est possible, il est très bénéfique pour leur moral de les lâcher avec des congénères pour qu’ils expriment leurs comportements sociaux. Cette pratique nécessite une habituation préalable et un cadre sécurisé mais rien n’est impossible puisqu’elle est même employée pour des groupes d’étalons reproducteurs en fin de saison de monte au Haras National d’Avenches et donne lieu à des parades très spectaculaires avant que le groupe ne retrouve une ambiance tout à fait paisible au bout de quelques heures.

Lorsque cette mise en groupe n’est pas possible, on veillera tout de même à préserver des contacts sociaux entre les boxes avec des cloisons murales basses pour les chevaux les plus calmes et des cloisons barreaudées pour les chevaux plus nerveux. On peut également utiliser des cloisons avec une partie fermée et une partie barreaudée pour que chaque cheval puisse s’isoler visuellement de son voisin ou venir au contact en fonction de son envie. De façon générale les cloisons pleines sont à éviter car elles génèrent plus de stress d’isolement.

Satisfaire pleinement les besoins de contacts sociaux entre chevaux ne peut se faire qu’en passant à un hébergement collectif. Les raisons qui nous freinent à passer à ce mode d’hébergement sont plus souvent dans nos têtes et dans nos traditions que dans celles des chevaux naturellement adaptés à la vie en groupe. Cette transition passe néanmoins par une modification des pratiques et l’acquisition de compétences de gestion des groupes de chevaux. Elle nécessite également l’utilisation d’équipements adaptés notamment pour permettre une distribution de l’alimentation pratique et respectueuse des besoins spécifiques au comportement grégaire des chevaux.

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